Vincent Blériot, nouveau sous-directeur des études à l’ENM

Vincent Blériot a rejoint l’équipe de direction de l’École nationale de la magistrature début septembre en qualité de sous-directeur des études. Il explique pourquoi il a candidaté à ce poste et revient sur les enjeux actuels et futurs en matière de formation initiale.

Portrait Vincent Bleriot

Quel a été votre parcours avant de devenir sous-directeur à l’ENM ?

« Je fais partie de ces magistrats qui ont une carrière professionnelle antérieure puisque j’ai été pendant 15 ans officier de gendarmerie, dans des unités de recherche et d’investigations, avec un passage en administration centrale à la direction générale de la Gendarmerie. J’ai ensuite rejoint la magistrature en intégrant la promotion 2013 des candidats à l’intégration directe (art. 22-23), avant de prendre mon premier poste en 2014.

J’ai d’abord été substitut placé auprès du procureur général près la cour d’appel d’Aix-en-Provence pendant 2 ans, avec des expériences dans presque tous les tribunaux du ressort, donc des juridictions de tailles différentes. Je me suis ensuite fixé au tribunal de grande instance de Toulon, où je suis passé au premier grade (vice-procureur). 

En 2020, la volonté de retrouver des fonctions d’encadrement – que j’avais connues quand j’étais officier de gendarmerie –  m’a conduit à postuler un poste de procureur, fonction que j’ai exercée à Mende pendant près de 3 ans, avant que ne se présente cette opportunité de rejoindre l’équipe de direction de l’ENM. »

Quelles ont été vos motivations pour ce poste ?

 « J’ai toujours eu un goût pour la transmission, le fait de partager et d’échanger, mais je l’avais fait essentiellement en dehors du cadre de la juridiction. Quand j’étais gendarme, j’intervenais par exemple auprès de journalistes, j’ai aussi donné quelques cours à l’université Paris VIII. Et j’ai toujours eu envie de travailler un jour au sein d’une école, de participer à un processus de transmission et de formation à temps plein. 
Quand j’ai vu l’appel à candidatures pour devenir sous-directeur des études, j’ai pensé que c’était le moment opportun pour postuler : je me sentais plus légitime après 10 ans de magistrature et avec ma carrière antérieure liée à la fois à la justice et aux publics formés à l’ENM puisque les promotions accueillent de nombreux professionnels en reconversion majoritairement issus du milieu judiciaire.

Par ailleurs, j’avais un réel intérêt pour cette École que je connais surtout dans le cadre de la formation continue des magistrats : c’est une grande École dans toutes ses dimensions, et c’était pour moi un honneur d’avoir l’opportunité de la rejoindre.

Enfin, je trouvais très intéressant intellectuellement d’arriver à l’ENM à un moment où elle va devoir former beaucoup plus de futurs magistrats et créer un cursus de formation spécifiquement dédié aux professionnels en reconversion, qui regroupera plusieurs voies d’accès existantes. »

Justement, pouvez-vous nous détailler les enjeux actuels et futurs pour votre sous-direction ?

« Le premier enjeu à très court terme, c’est l’augmentation de près de 25% des effectifs d’élèves magistrats dès 2024. C’est colossal. Notre challenge est de maintenir le niveau d’excellence qui est reconnue à notre formation. La préparation du programme pédagogique de la promotion 2024, toujours en cours, est toute entière tournée vers cet objectif.

Le deuxième enjeu, c’est de permettre aux futurs magistrats d’acquérir de nouvelles compétences, notamment introduites par les États généraux de la Justice, au cours de leur scolarité à l’ENM : 

la politique de l’amiable dans le domaine civil, avec la césure et les modes alternatifs de résolution des différends (MARDS) notamment,

le numérique qui prend une place de plus en plus importante avec de nouveaux logiciels métiers,

le management de proximité pour les jeunes magistrats qui auront des équipes juridictionnelles à manager dès leur prise de fonction. Comment faire travailler ensemble tous les membres de cette équipe juridictionnelle (greffiers, attachés judiciaires, chargés de mission…) ? Qu’est-ce que le magistrat peut déléguer à ses collaborateurs et comment ? Ce sont des questions qui doivent désormais être abordées dès la formation initiale. 

Par ailleurs, je pense qu’il y a une réflexion à mener sur l’office du juge, ce que c’est réellement, quel est son périmètre, comment on l’enseigne pendant la période d’études, et comment on vient ensuite compléter cette formation par l’acquisition d’autres compétences en fonction de ses besoins et envies, tout au long de sa carrière. »